Chers Amis Normands,
Ce n'est pas un hasard si nous
sommes réunis dans nos instances, en cette salle capitulaire de
l'Abbaye de Bernay. Ce lieu a souvent été un point de ralliement pour
les membres du Mouvement Normand. Et l'on ne peut se retrouver dans ces
murs sans évoquer le souvenir du Sénateur Gustave Héon, maire
de Bernay, qui, si souvent, nous accompagna dans notre lutte pour la
réunification de la Normandie. L'ancien Président du Conseil Général de
l'Eure montra l'exemple d'un grand élu refusant la calamiteuse division
normande et résistant aux pressions des Autorités de l'État ou des
leaders autoproclamés des deux morceaux de la Normandie. Hommage soit
donc rendu au Président Gustave Héon, auquel nous associons aujourd'hui
son successeur, Hervé Maurey, maire de Bernay, qui nous fait l'amitié de nous offrir son hospitalité dans ces bâtiments prestigieux.
Bernay,
c'est aussi la ville la plus centrale de Normandie, celle qui, sans
doute, profiterait le plus de sa réunification. Ville qui pourrait être
parfaitement desservie si le ferroviaire était à la hauteur des
espérances qu'on met en lui. Ville symbole puisque c'est à Bernay
qu'eut lieu la plus grande manifestation en faveur de la réalisation de
l'autoroute A28, qui, enfin, soulage le trafic grandissant de la RN138
et rouvre le Centre Ouest de la France vers l'ensemble portuaire de la
Basse-Seine. Ville qui résiste aux nombreuses délocalisations qui
saccagent le tissu économique normand. Ville, enfin, qui, parmi les
villes normandes de son importance, fut l'une des rares, comme Bayeux,
à ne pas connaître les destructions de la guerre et qui, de ce fait,
donne une idée de ce que fut la Normandie avant le désastre de
1940-1944.
Bernay, c'est aussi une belle médiathèque que tous les amoureux de La Varende devraient connaître puisque les archives de l'Association Présence de La Varende
y furent déposées... Cela me donne l'occasion de remercier cette
association et toutes les autres qui nous ont fait l'amitié de tenir un
stand dans cette salle. Cela nous rappelle que la Normandie ne nous
appartient pas et que l'on peut travailler pour Elle à partir
d'associations, de structures, de Mouvements différents.
Cela
étant, les débats d'aujourd'hui montrent l'étendue des problèmes qui
assaillent la Normandie. On ne peut pas s'obnubiler sur la seule
question de la réunification.
La Normandie divisée est, certes,
menacée de disparition puisqu'elle risque d'être englobée dans des
ensembles technocratiques différents : Grand Ouest, Grand Bassin
Parisien, Grand Nord-Ouest, mais, même entraînée vers le déclin, elle
continue de survivre et connaît tous les avatars des régions
confrontées aux difficultés de l'heure.
C'est à nous de donner des réponses et de montrer que penser
globalement le destin de la Normandie ne nous empêche pas de réfléchir
aux préoccupations de tous les Normands à un moment donné. Néanmoins,
notre conviction reste intacte : la plus grande partie des difficultés
de la Normandie vient de son inepte division.
La
division de la Normandie aggrave les effets négatifs de la
mondialisation de l'économie en ne donnant pas à nos dirigeants les
moyens de résister pleinement par une mise en synergie de tous nos
atouts. Le capital de situation exceptionnel de la Normandie est gâché
par des querelles de préséance mesquine entre responsables localistes.
La Normandie divisée se révèle incapable de faire émerger un leader,
une élite qui sachant entraîner une population qui perd petit à petit
ET sa fierté ET ses repères...
Tout cela, cela fait bientôt
quarante ans que nous le martelons avec constance et, même,
obstination. Nous avons fait bouger les mentalités mais les problèmes
normands ne sont pas résolus. Le combat n'est donc pas terminé et bien
des militants de nos débuts ont disparu sans voir le succès de leur
engagement. Nous savions que ce serait une tâche de longue haleine et
nous nous sommes donnés les moyens de durer. Chacun aura noté les
progrès des vecteurs de communication du Mouvement Normand. C'est une
quête sans cesse renouvelé et il y a encore beaucoup à faire. Mais cela
n'a été rendu possible que grâce à la mise en place d'une équipe
centrale autour du Président à laquelle il faut rendre hommage : Emma Davesne, Franck Le Dun et Michel Patte. Ils assurent avec moi ce que l'on désigne toujours dédaigneusement l'intendance,
au jour le jour. Et, autour d'eux, gravitent des militants qui se
chargent, eux aussi, de tâches subalternes, mais indispensables. C'est
ce noyau qu'il faut étoffer prioritairement. Il est le gage de la
pérennité du Mouvement Normand et de son action.
L'autre clef de la
réussite potentielle du Mouvement Normand réside dans la continuité
d'une pensée qui, sans changer de cap, a su évoluer en
s'approfondissant. De 1969 à 2007, le discours est le même: il s'est
enrichi de l'expérience de nos luttes et de la prise en compte de
l'évolution des institutions, du contexte général et des nouvelles
préoccupations humaines comme l'écologie. Nous devons cette continuité
du discours à la fidélité des militants du début et de tous ceux qui
sont venus par la suite. Au-delà de nos divergences naturelles
d'opinion, nous sommes tous unis par le désir de « servir la Normandie
et non s'en servir ». La Cause Normande a été bien servie.
Chacun, évidemment, comprendra que je rende hommage, ici, à tous ceux
qui, au cours de ces quatre décennies, ont disparu. Je ne les citerai
pas, sauf un, emblématique et qui nous a quittés en 2006 : Jean Mabire. Président d'honneur du Mouvement Normand après Jean Adigard des Gautries, le Dr Fournée, Bernard Bonnissent, André Dupont-Desnouettes,
Jean Mabire fut à l'origine même de notre organisation. Il avait déjà
un long passé de militant normand avec l'extraordinaire aventure de la
revue Viking et il a su nous insuffler son enthousiasme et nous faire
partager sa connaissance profonde de l'héritage normand. Nous avons, en
Mait'Jean, perdu un maître à penser, mais nous gardons présent son
exemple, sa détermination et il reste, avec Pierre Godefroy, l'inspirateur du Mouvement Normand et devra être considéré comme le « réveilleur » du peuple normand, à l'instar de Grundtvig pour les Danois ou de Patrick Pearse
pour les Irlandais, deux personnages qui l'ont beaucoup hanté. C'est
grâce à un tel homme que nous sommes là aujourd'hui et que d'autres,
demain, continueront à se dévouer pour la Normandie.
Merci donc, Jean Mabire.
Nous
sommes à la veille de grandes échéances électorales. Ce ne sont pas les
premières que nous connaissons et ce ne seront pas les dernières. Il
n'y a pas lieu, cependant, de les minimiser car, qu'on le veuille ou
non, ce seront les responsables de demain qui auront à décider de
l'avenir de la Normandie.
Nous les interrogerons tous, sans
complaisance ni ostracisme. Nous attendons des réponses. Pas des
promesses vagues, ni des programmes ébouriffants. Nous serons
favorables aux plus crédibles. Sans illusion, mais avec l'espoir tout
de même qu'une vraie politique de régionalisation sera poursuivie et
que la fusion des deux demirégions normandes s'accélérera.
Car ne nous y trompons pas et ne soyons pas inutilement pessimistes :
la réunification est en marche. Lentement, trop lentement, certes,
mais, à petits pas, elle devient une réalité dans tous les domaines. Il
est dommage que les responsables politiques soient les derniers à s'en
apercevoir. Nous confirmons cette idée qui devrait les motiver: ceux
qui sauront concrétiser la réunification de la Normandie sont assurés
de rester aux affaires pour plusieurs mandatures dans la région. cela
vaut la peine pour les hommes et les femmes politiques d'y réfléchir !
Je
ne m'étendrai pas plus sur les tenants et les aboutissements des
problèmes de l'heure: nos discussions d'aujourd'hui les ont largement
évoqués. Je lance un appel à tous nos adhérents pour qu'ils se
saisissent de toutes les problématiques que nous avons exposées et
qu'ils apportent leurs contributions: vous êtes, nous sommes la
Normandie militante et nous devons le faire savoir.
Je lance
surtout un appel aux jeunes : votre avenir est entre vos mains. La
Normandie a besoin de vous comme vous avez besoin d'Elle. N'oubliez
jamais d'où vous venez. C'est ainsi que vous saurez où vous devez
aller. Ayez confiance : la Normandie vous le rendra.
Le XXIe siècle sera le siècle de la résurrection normande !
par Didier Patte, le 3 février 2007
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