A propos des plaques discriminatoires d'immatriculation

Préalablement, le Mouvement Normand tient à faire savoir à tous ses corespondants que c'est VOLONTAIREMENT que notre communiqué de cette semaine ne porte pas sur les conclusions du Comité Balladur. Pour une raison bien simple : le rapport, quoi qu'en disent la Presse, toujours avide de sensationnel, et certains membres de l'opposition et du clan des des conservateurs, hostiles par principe, n'a pas encore été remis au Président de la République et n'est donc pas connu dans sa totale rédaction. Il est donc prématuré de se réjouir ou de déplorer sur ce qui pourrait y être dit ou préconisé sur le devenir de la Normandie. Veut-on citer deux exemples de l'absurdité des commentaires que l'on trouve ça et là ? On s'est focalisé sur l'hypothèse de la dislocation de la Picardie : on a confondu des déclarations de personnes auditionnées avec les conclusions du rapport Balladur. La question du rattachement de Poitou-Charentes à l'Aquitaine est du même tonneau, mais prend d'autant plus d'importance que Ségolène Royal est présidente de la dite région : il s'agit d'une suggestion de Jean-Pierre Raffarin, lors de son audition, nullement d'une préconisation formelle du comité sur la réforme des collectivités locales. Et puis, il n'y a pas que le problème du regroupement des régions : il importe de savoir ce qui est proposé comme réforme en matière de communautés de communes ou de spécificités concernant le rôle des départements. Bref, il est urgent d'attendre les vrais textes... surtout lorsque nous sommes sur le terrain depuis quarante ans (1969 - 2009).

Jusqu'à présent, mise à part une allusion dans L'Unité Normande sur l'opportunité très relative de changer le système d'immatriculation des véhicules, le Mouvement Normand avait observé avec amusement le déchaînement logorrhéique des défenseurs à tous crins de l'identité départementale. L'oukase ministériel vient de tomber : on veut nous imposer, outre les numéros des départements les affreux logos des pseudo-régions de « haute » et « basse » Normandie. Ce qui veut dire en clair que le Ministère de l'Intérieur (à moins que ce ne soit le Ministère de l'Ecologie et de l'Aménagement du Territoire) part sur l'idée d'une pérennité de l'actuelle division normande. En plein débat sur les conclusions à venir du Comité Balladur, cela fait un peu ringard ! Sans compter qu'il y a, pour le moins, un certain manque de cohérence et de logique dans le fait que la gendarmerie, depuis peu rattachée au Ministère de l'Intérieur, arbore sur ses uniformes, dans nos cinq départements normands, un écusson avec nos deux léopards(et ce, depuis très longtemps !) et que nous sommes sommés de nous trimballer en voiture avec des logos qui, à l'inverse des armoiries, se démoderont vite, car telle est la destinée de tous les logos... Peut-on se satisfaire de la moitié d'esnèque de la « basse »-Normandie ? Doit-on supporter l'hérésie héraldique du machin « haut »-normand (que nous avions dénoncée lors de son adoption en remplacement - déjà ! - d'un autre logo encore plus inepte...et coûteux. Car, il faut le savoir, la mini-région avait payé très cher la conception de ce symbole de la division normande).

Nous nous serions contentés des armoiries traditionnelles de la Normandie (les deux léopards d'or sur fond de gueules) et, même, nous aurions préféré le drapeau à double croix de Saint Olaf...

Ouvrons d'ailleurs une parenthèse : comment se fait-il que les Bretons puissent arborer le « gwenn ha du » - drapeau créé dans les années trente -, différent d'ailleurs du drapeau traditionnel breton, le « croas du » (croix noire - de sable - sur fond blanc - argent -) et symbole de l'emsav (mouvement breton), alors qu'on semble contester aux Normands une identification cohérente et reconnue ?

Deux poids, deux mesures ?

Pour une fois, les réactions de la classe politique semblent vives, même si quelques hurluberlus font semblant de se contenter des marques infâmantes de notre division.

Outre les deux Conseils Régionaux qui se satisfont de la promotion de leurs logos (mais Laurent Beauvais déclare cependant que les léopards lui semblent mieux identifiés et qu'il n'en ferait pas une maladie s'il fallait changer pour nos « cats »), le maire d'Argentan, Pierre Pavis, veut apparaître dans le vent : « Je suis respectueux du passé et des deux léopards normands, mais il ne faut pas être passéiste ( ?) »... A l'inverse, Anne d'Ornano, présidente du Conseil Général du Calvados, « trouve qu'un drapeau normand aurait été effectivement plus joli qu'un logo... Le plus important - poursuit-elle - c'est d'avoir réussi à préserver le numéro du département sur les futures plaques... ». Localisme, quand tu nous tiens ! Philippe Duron, maire de Caen, se défend : « On ne pouvait s'approprier le logo (sic !) de la Normandie, les léopards car il appartient à la fois à la Haute et à la Basse Normandie... Si un jour la Normandie est réunifiée, on pourra y songer » . En fait, l'ancien Président du Conseil Régional de « basse »-Normandie veut faire oublier qu'il avait fait demander par son assemblée l'utilisation du logo (là, le terme est adapté) de sa demi-région...

Cette affaire - qui ne nous paraît pas essentielle dans la mesure où nous espérons qu'elle ne sera pas pérennisée, mais qui, tout de même, relève du symbolique - est l'occasion de prises de position particulièrement intéressantes. Qu'on en juge : Philippe Gosselin, député UMP de la Manche, affirme : « L'histoire de la Normandie est une et, à l'image de la Bretagne, la Normandie doit s'afficher avec fierté avec son drapeau (i-e ses armoiries en fait. NDLR)... Cela ne résout pas la question de la réunification, mais je pense qu'on gagnerait en lisibilité ». Christophe de Balorre, vice-président UMP du Conseil Général de l'Orne, est encore plus catégorique : « Je suis favorable aux deux léopards. Pour une raison très simple, je soutiens depuis longtemps déjà longtemps la réunification de la Normandie. Nous sommes connus dans le monde sous l'appellation de Normandie. Pas de haute, ni de basse » . Voilà qui est bien dit !

« Ouest-France » (21 février 2009), dans lequel nous avons relevé ces déclarations, semble plutôt neutre dans cette affaire (bien qu'il ait titré en Une : « Drapeau normand ou logo régional » ; son confrère « La Presse de la Manche » (20 février 2009) prend plus nettement position : « Ni l'esnèque de la « basse » - Normandie, qui ne peut pas flotter puisqu'elle est amputée de sa poupe, ni la tête de lion du logo de la « haute »-Normandie, sans corps et qui regarde ailleurs vers... Paris et la Picardie, ne conviennent à Jean-François Le Grand, président du Conseil Général de la Manche, qui ne voudrait pas d'autre symbole que les deux léopards qui flottent unanimement du Mont-Saint-Michel au Tréport ».

Pour une fois, le Mouvement Normand ne peut que souscrire aux propos de l'élu de la Manche.

Pour terminer, nous voudrions faire comprendre qu'il convient d'être précis : les léopards, ce sont les armoiries de la Normandie, dont le drapeau est la double croix de Saint Olaf... Armoiries et drapeaux nous conviennent... Ce sont des symboles forts d'unité normande, et c'est, là, l'essentiel !


Pour le Directorat Pourpre (Culture et Identité) du Mouvement Normand
EMMA DAVESNE

Au nom de l'Association pour la Promotion de l'Héraldique Communale en Normandie
CLAUDE DELESTANG





P.S. : Nous profitons de la parution de ce communiqué pour faire la promotion du livre de Denis Joulain « L'EURE DES BLASONS. Armorial des communes du département de l'Eure » (Dessins de Jean-Paul Fernon, préface de Didier Patte), publié par les Editions d'Héligoland - B.P. 2 - 27290 Pont-Authou - au prix de 27 euros. (http://www.editions-heligoland.fr/Editions_dHeligoland/LA_BOUTIQUE/Entrees/2008/12/15_L_EURE_DES_BLASONS_ARMORIAL_DES_COMMUNES_DU_DEPARTEMENT_DE_L_EURE.html)