La filière pêche normande en pleine tempête
Par Pierre Linus le mardi 14 avril 2009, 12:11 - Actualité normande - Lien permanent

Le secteur de la pêche artisanale bas-normande se trouve à nouveau, et très sérieusement, affaibli par la réelle menace de disparition qui pèse sur les deux coopératives régionales de transformation des produits de la pêche : Granvilmer à Granville et Copéport-marée à Port-en-Bessin.
Ces dernières, en proie à d’importantes difficultés financières à cause d’une activité déclinante, ont été conduites à déposer leur bilan avant de se voir placées, vendredi 30 janvier, en redressement judiciaire. Une situation qui est, pour partie, la conséquence mécanique de la très mauvaise conjoncture touchant les flottilles de pêche bas-normandes.
Un coup fatal
De fait, celles-ci sont affectées par des quotas en diminution, un prix du gazole élevé il y a peu encore, et diminuées en taille par le plan de sortie de flotte. Conclusion : faute de disposer de quantités d’apports suffisantes, les deux coopératives ne pouvaient plus fonctionner dans des conditions économiques normales. Dans le cas de Granvilmer, née de l’initiative des pêcheurs locaux et spécialisée notamment dans le décorticage et la transformation des pétoncles et des bulots, le coup fatal a été reçu l’an dernier.
A cette époque, le marché espagnol qui absorbait une grosse part des pétoncles traitées localement a connu du fait de la crise actuelle une chute spectaculaire de 85%. Ce qui, cumulé avec une baisse des apports due au mouvement de grève des pêcheurs en mai, a eu raison de sa santé.
Premier acheteur
A cause de l’importance considérable des coquillages pour le port de pêche de Granville, la survie de la coopérative - qui emploie 30 salariés - est donc un enjeu capital.
Une liquidation judiciaire conduirait en effet certains bateaux à rester à quai et mettrait sérieusement à mal la criée locale. Mais cela vaut aussi pour les autres ports et criées bas-normands, dont ceux de Cherbourg, car Granvilmer transforme également la seiche, une des espèces les plus pêchées en Basse-Normandie.
Quant à Copéport-marée, qui se présente à juste titre comme une entreprise leader du mareyage bas-normand, son importance n’est pas moindre. Outre le traitement de la seiche et le décorticage des coquillages et des coquilles saint-Jacques, elle produit des filets élaborés à la main d’espèces à faible valeur marchande comme le tacaud, le merlan, ou le grondin.
Au sein-même de la filière, cette coopérative pèse d’un poids déterminant puisqu’elle est le premier acheteur en tonnage des espèces bas-normandes, dans les criées de Port-en-Bessin et de Cherbourg. Socialement, sa disparition peut aussi être difficilement envisagée par la profession car Copéport-marée non seulement emploie 78 personnes mais se trouve encore être depuis 2007 une Scop (Société coopérative ouvrière de production), c’est-à-dire qu’elle appartient à ses salariés. Dans ces conditions, la survie des deux coopératives s’avère vitale pour l’ensemble du secteur de la pêche bas-normande. Aujourd’hui sur la sellette dans son ensemble, la filière a six mois, durée de la période de redressement judiciaire, pour trouver une solution qui éviterait la liquidation de ses deux maillons importants. C’est pourquoi les représentants de la profession ont rencontré Michel Barnier, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, mercredi 4 février à Cherbourg avant de participer à une réunion du secteur coopératif dans son ensemble lundi 9 février à Port-en-Bessin.
A l’échelle bas-normande, Daniel Lefèvre, président du comité régional des pêches, en a appelé au préfet afin qu’il réunisse toutes les parties concernées par le sauvetage de la filière. Toutefois, il semble que les deux coopératives bas-normandes ne puissent pas échapper à des réductions d’effectifs si elles veulent poursuivre leur activité.
La Région à la rescousse des coopératives

Une aide d’un million d’euros
Indispensable pour assurer la commercialisation des produits de la pêche bas-normande, ces coopératives, placées en redressement judiciaire, ne peuvent donc disparaître. Un impératif qui n’a pas échappé au Conseil régional, dont le soutien a été sollicité par la filière.
A l’occasion de la session plénière du vendredi 20 mars, Jean-Marc Lefranc, conseiller régional d’opposition et député (UMP) du Bessin a ainsi proposé que la Région accorde une aide remboursable d’urgence de près d’un million d’euros à l’organisation de producteurs de Basse-Normandie pour lui permettre de faire face à ses difficultés financières actuelles.
Les deux coopératives régionales doivent en effet deux millions d’euros à l’OPBN. L’assemblée régionale a été unanime pour approuver cette suggestion. Vice-présidente en charge de ce dossier, Frédérique Heurguier a précisé que la Région allait aider les deux coopératives avec des garanties de crédit ou des crédits.
De son côté, Laurent Beauvais, le président du Conseil régional, a évoqué une réunion sur ce sujet avec la Manche et le Calvados, de façon à gagner en efficacité grâce à une action concertée. Mais, estime Nicole Ameline, députée (UMP) du Pays d’Auge, il faut d’abord régler le problème des points de débarque, dont Saint-Vaast-la-Hougue par exemple ne dispose pas, d’où un manque de contrôle des apports.
Sources : La Manche Libre
















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