Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand N° 94 - semaine 16 - 2009
Par Pierre Linus le mardi 21 avril 2009, 12:28 - Communiqués du MN - Lien permanent
LA NORMANDIE DES OCCASIONS MANQUEES
La
« Queen Mary II » devait faire escale au Havre. Ce n'est pas rien :
plusieurs milliers de touristes argentes qui débarquent pour quelques
heures dans une ville où les commerçants, prévenus, se sont achalandés
pour la circonstance... Hélas, l'escale a été décommandée... pour cause
de grève. Heureusement, dira-t-on, la « Queen Mary II » s'est arrêtée à
Cherbourg, qui, certes, ne s'y attendait pas, mais cet autre port
normand en a quelque peu profité. Demi-mal, donc ? On pourrait
regretter cet avatar : qui nous dit que le splendide navire de la
Cunard inscrira lors d'une prochaine croisière un port français (donc
normand !) sur la liste de ses escales ? Cela nous rappelle
furieusement l'agonie lamentable de notre « France », qui a démontré
notre incapacité collective à réussir la mutation des paquebots
transatlantiques en super-navires de croisière, et ce, sous les
prétextes fallacieux du refus des personnels à changer leurs habitudes,
à remettre en cause des acquis sociaux ne pouvant plus être maintenus
dans le cadre d'une évolution des métiers... Le paquebot « France » a
été livré aux démolisseurs : nous n'avons même pas été capables de le
transformer en hôtel de luxe au pied du Pont de Normandie comme le
projet en avait été formé pendant un temps à la grande colère des
restaurateurs de la Côte y voyant une concurrence redoutable... Il
faudra tout de même qu'on nous explique pourquoi des compagnies
étrangères peuvent lancer des bateaux de croisière comme la « Queen
Mary II » (construit en France d'ailleurs !) et que nous ne sommes pas
capables d'en faire autant. Pourquoi tel ou tel navire en fin de vie
peut devenir un palace flottant dans un émirat du Golfe Persique et que
nous détruisions un navire symbole du goût français ?
Le choix
de la construction d'un pont levant à Rouen était assurément
contestable. Il eût mieux valu un tunnel. Le Mouvement Normand l'a dit
en son temps. Mais Pont Flaubert il y a. Pont levant, de records
européens. Certes ! Mais pont levant immobile : il apparaît que les
bâtiments de croisière qui, par dizaines, viennent s'amarrer à Rouen,
refusent de franchir la passe : ils craignent, paraît-il, qu'un mouvement de grève ne les place en situation d'otages le long des quais de Seine.
Quelle réputation nous avons ! Alors pont levant inutile ? Ne
servira-t-il que tous les cinq ans pour l'Armada ? Au moins devrait-il
servir de trait d'union entre les deux rives : c'est le cas et cela
montre a posteriori la nécessité d'un 6e franchissement de la Seine, à
Rouen. Malheureusement - et le temporaire peut durer longtemps -, les
voies d'accès à l'ouvrage sont calamiteuses sur la rive gauche... Mais
le plus grave, c'est que ce franchissement du fleuve a été lancé AVANT
que l'on réfléchisse à la réalisation de la nouvelle gare SNCF sur
cette rive gauche, qui, fatalement, devra se compléter par un
franchissement ferroviaire de la Seine (pont fixe ? tunnel ?)... Ce
manque d'anticipation et de coordination dans les projets sera jugée,
dans les décennies à venir, comme une incohérence, une occasion manquée
d'une véritable restructuration de l'Agglo de Rouen.
Puisque
nous parlons de l'Agglo de Rouen, le dessein de son président, Laurent
Fabius, de la transformer en communauté urbaine, se trouve entravé par
la fronde des petits potentats locaux (souvent de la même tendance que
M. Fabius, soit dit en passant) : ils craignent de perdre leur «
indépendance », d'être « noyés »... Tout le langage localiste y passe.
Il est urgent de ne rien faire ou de jouer petit bras. Le Comité
Balladur sur la réforme des collectivités locales place pourtant Rouen
comme métropole du nord-ouest : formidable opportunité qu'il faudrait
saisir. Hélas, trois fois hélas !, les caciques du Parti Socialiste,
Fabius en tête, ont tellement déblatérer sur les propositions formulées
dans le rapport de l'ancien Premier Ministre que, là encore, il sera
urgent d'attendre !
Bien entendu, ne parlons pas de l'invitation
à peine déguisée de réunifier la Normandie. La plus haute autorité de
l'Etat s'est prononcée en faveur de cette solution de bon sens, « mais
comme c'est Sarko qui l'a dit, c'est forcément mauvais ! ». Nos
responsables politiques sont décidément de petits bonshommes !
Il n'y a pas qu'eux !
Dans le cadre de la restructuration et de la réduction du nombre des
Chambres de Commerce et d'Industrie, plusieurs d'entre elles, toutes
directement concernées par les retombées de Port 2000, ont proposé de
fusionner : Le Havre, Bolbec-Fécamp, Pays d'Auge... pour former la
C.C.I. de l'Estuaire. Le projet est torpillé par la C.C.I. de Caen et
la Chambre Régionale de Commerce et d'Industrie de « Basse »-Normandie
: ces messieurs-dames trouvent scandaleux qu'une nouvelle C.C.I.
s'affranchisse des frontières administratives régionales et
départementales. Irrésistiblement, on pense aux dinosaures qui
disparurent faute de pouvoir s'adapter...
Du coté des
Universités, on ne fait pas beaucoup mieux. On a liquidé le Pôle
Universitaire Normand. On n'a pas été choisi parmi les dix universités
bénéficiant tout de suite d'une autonomie de gestion. On ne se presse
surtout pas pour constituer un Pôle de Recherche et d'Enseignement
Supérieur (P.R.E.S.) et... chaque année, 4000 jeunes diplômés quittent
la Normandie, l'Université de Rouen - pour ne citer qu'elle - perd huit
cents étudiants, le nombre d'étudiants en université à l'étranger
(bourses Erasmus) baisse en « Basse »-Normandie (330, - 53% !). Même
les professeurs de Normandie travaillant dans les universités
étrangères se comptent loin derrière leurs collègues de Bretagne ou des
Pays de Loire (cf « Ouest-France » - 19 février 2009). Il n'y a
vraiment pas de quoi pavoiser !
On pourrait multiplier à l'envi
les exemples montrant que la Normandie - divisée contre elle-même - «
loupe le coche » en bien des domaines. Nous n'avons pas évoqué les
problèmes ferroviaires : c'est trop accablant. On ne peut même pas se
raccrocher à l'intéressante expansion du trafic fluvial sur la Seine :
le succès est fragile, car les écluses sont vétustes et, à tout moment,
peuvent entraver les flux... comme cela est arrivé il y a quelques
semaines. Pendant ce temps, le canal Seine-Nord va mettre directement
Paris en liaison avec les ports de la Mer du Nord. Allons-nous, là
encore, nous mettre hors jeu dans cette affaire ?
Le Mouvement Normand est inquiet : le déclin de la Normandie s'accélère avec la crise et nos Elus et Décideurs laissent passer des opportunités. Cela suffit !
Pour le Directorat Brun (Economique et Social) du Mouvement Normand
Jean-Guillaume LEFEBVRE
















Commentaires
Boujou
La raison pour laquelle la france n'a pas de fleuron transatlantique est simple:
A la différence de l'Angleterre; qui embauche des équipages du tiers monde payés à coup de lance pierre; la france a opté pour la préférence nationale en inscrivant ses marins au Registre International Français. Ainsi, un navire battant pavillon français est obligé d'avoir 75% de son équipage de nationalité française, diplomés, formés, rémunérés dignement et en respect avec la législation du travail.
Tout cela a forcément un cout (charges, formation, statuts). Et ce cout, c'est la charge salariale qu'un navire français paye alors que les anglais ne la payent pas.
Voila donc pourquoi les british ont le QE2, parce qu'ils profitent de cette misére humaine et qu'ils laissent leurs marins arpenter les quais en quête d'emploi.
Tantôt