Une journée symbolique pour la Normandie
Cette page est destinée à trouver un jour symbolique pour la Normandie, une sorte de "Saint-Patrick normande", afin d'affirmer et d'honorer notre région et son histoire. Pour ce faire, ce qui suit est une réflexion sur le choix de la dite date et est un article tiré de l'édition n°294, novembre/décembre 2006, de l'Unité Normande à la page 18 et écrit par Ulrich Marchand. Ce numéro, comme les autres, est disponnible en intégralité sur le site (se reporter à la page Les éditions de l'Unité Normande).
C'est avec beaucoup d'attention et le souci du discernement que j'ai lu les deux articles, l'un de Claude Timmerman (L'Unité Normande n° 291) et l'autre de Michel Lefèvre (L'Unité Normande n° 292) et qui faisaient suite à la Chronique d'Edwige Le Forestier (parue, elle, dans le n° 289 du journal du Mouvement Normand).
Selon la chronique d'Edwige Le Forestier, il semblerait que M. Couillard, initiateur du Normandy Day, qui se tient le 6 juin, entendrait donner une dimension internationale à cet événement ; une imension comparable à la fête de Saint-Patrick chez nos voisins bretons et dans le monde celte en général.
Je ne puis, évidemment, que rejoindre le point de vue de MM. Timmerman et Lefèvre (que partage aussi la rédaction de L'Unité Normande), à savoir qu'une telle idée ne peut être soutenable, pas plus qu'elle n'est souhaitable. L'initiative du Normandy Day de M. Couillard a certes le mérite d'exister, mais, de grâce, ne faisons pas de cette date, le symbole qu'elle ne peut pas prétendre. Jeune trentenaire que je suis, je ne puis supporter l'idée que l'histoire de la Normandie se résumerait au 6 juin 1944 et admettre que cet événement historique représente autre chose que ce que M. Timmerman nous a si bien décrit.
Mais passons s'il vous plait sur ce débarquement qui n'est finalement qu'un moment majeur de l'histoire mondiale, mais un moment dont il faut minorer le caractère, si on le rapporte aux onze siècles d'aventure normande. Et si cet événement n'est finalement pas si considérable à nos yeux normands au point d'être célébré, je me dois de dire à M. Lefèvre que la date du 21 août (reddition de Tournay-sur-Dives) qu'il nous suggère est tout aussi incongrue, dénuée de sens profond et sans caractère proprement normand non plus. Je porte pour ma part, et je crois que ce serait le sentiment de beaucoup, un intérêt très relatif à la cessation des combats en Normandie, comme j'en porte à la déferlante alliée.
Je me dois de dire à mon tour à M. Timmerman, dont je salue l'article, qu'il nous a offert un plaidoyer sans équivoque, mais qui, sous sa plume, que je connais acide parfois, prend des allures celtophobes qui n'invitent pas à trancher dans son débat. Car débat il y a désormais ; et pas des moindres. Nous aurions bon dos, nous autres Normands, que de nous moquer, de blâmer, voire de critiquer les Bretons et leur celtitude ; pour leur Saint-Patrick, leur Festival Interceltique de Lorient, leur Bagad et autres kilts et tartans. Car, comme le dit la sagesse populaire : la critique est facile, mais l'art est difficile. De fait, et si nous sommes objectifs et que nous regardons chez nous plutôt que la paille qui est dans l'oeil du voisin, posons-nous la question de savoir quels événements majeurs et notables les Normands ont-ils été à même de créer afin de vanter, défendre et promouvoir leur identité ? Peut-être aucun, je le crains depuis le millénaire 1911 à Rouen. Et c'est bien dommage ! Les Bretons y parviennent bien eux ! Certes, les mauvaises langues diront que les Bretons ont joui de certaines faveurs économico-culturelles et que les suffrages politiques qu'ils ont exprimés ces vingt cinq dernières années (suivez mon regard !) n'y sont pas pour rien. C'est certainement vrai !
Mais, pour autant, cela nous empêche-t-il de ne pas voir nos propres lacunes, notre propre manque de volonté à créer de l'événementiel et à ainsi nous affirmer ? Ne nous moquons pas des Bretons. Inspirons-nous-en plutôt.
Commençons d'ailleurs, dès aujourd'hui, en nous trouvant une date emblématique de notre particularisme normand. Car il y en a ! Le pendant normand du Saint Patrick irlandais, que l'ensemble du monde celte a pris en symbole pourrait peutêtre être notre Saint Olaf - le 29 juillet - aussi évangélisateur du monde nordique que Saint Patrick de l'Irlande. Un Saint Olaf dont notre drapeau normand arbore la double croix désormais et dont l'évocation parle à tous. Mais aussi, et à défaut de connaître précisément la date de la signature du Traité de Saint-Clair-sur-Epte, peut-être peut-on se satisfaire de son héros, Hrolf, dont la fête se situe le 26 juin. Et puis, si Hrolf ne nous semble pas si représentatif, ou la date trop mal située à la veille des grandes vacances, il nous reste encore Guillaume, le plus emblématique de nos ducs-rois, qui se célèbre le 10 janvier. Et si l'on a peur qu'il fasse trop froid ou que l'on ne soit pas remis des Fêtes de Fin d'Année, il nous reste encore Saint-Michel, saint patron des Normands, le 29 septembre. Et si toutes ces fêtes de saint semblent avoir trop de relents bigots à certains, la date majeure, d'un événement inégalé dans l'histoire et proprement normand, la Bataille et la Victoire d'Hastings, pourrait peut-être aussi faire l'affaire ; plaçant ainsi la fête au 14 octobre.
Voyez donc comme le choix des dates est finalement large et qu'il est futile de ne pas réfléchir au-delà de quarante-quatre.
Aussi, j'invite chaque bon normand, fidèle lecteur de L'Unité Normande et des quarante revues culturelles normandes, à exprimer son choix sur l'éventail de dates qui vous est livré là, ou bien à suggérer meilleures dates. Pensons aussi à ce qu'il est possible de faire à l'occasion d'une telle Fête du Monde normand et gardons-nous bien de ne pas plagier nos voisins bretons en envisageant de faire parader quelques bagads ou en diffusant à pleins haut-parleurs quelques musiques celtiques. Cherchons dans notre propre patrimoine nordico-normand, musique, costumes traditionnels, esprit de fêtes et symboles. Déterminons une date ensemble et le jour venu, prenons d'assaut entre amis nos auberges et estaminets les plus représentatifs de notre patrimoine architectural, et imposons-nous en leur sein. Sous le nombre, exigeons la diffusion de nos musiques nordico-normandes, de Mes Souliers sont rouges à Magène en passant par Jean-Michel Aubert (rien à voir avec Jean-Louis !). Trinquons à la Normandie et à la normannité à pleines moques de cidre et de bières normandes. Et au lendemain de cette fête, pendant normand de La Saint-Patrick des Bretons, requinquons-nous à pleins bols de teurgoule. Vu sous cet angle, cela semble déjà plus festif et agréable que le souvenir d'un certain 6 juin. Et présenté ainsi, je ne crois pas qu'une telle fête soit du domaine de l'inconcevable et qu'elle ne trouve pas à l'avenir l'écho parmi les non-lecteurs des revues normandes ou chez quelques actuels insouciants du devenir normand.
par Ulrich Marchand, paru dans l'édition n°294 novembre/décembre 2006 de l'Unité Normande, page 18