Régionalistes de tous pays, unissons-nous !

L'Écosse retrouve son autonomie et la fierté d'elle-même. Tony Blair offre une certaine dévolution au Pays de Galles. La Catalogne joue dans la cour des grands de l'Europe. La Lombardie s'enivre de son dynamisme... Et la France, État-Nation archétype, s'interroge encore sur la nécessité d'une décentralisation et l'étendue des compétences à accorder à ses Régions. La nouvelle exception française est loin d'être glorieuse : nous sommes désormais les derniers à subir un système archaïque de centralisation, d'essence totalitaire, où l'on ne fait pas confiance aux citoyens pour gérer leurs propres affaires et où l'application du principe de subsidiarité reste une aimable hypothèse de travail pour les séminaires formant les futurs cadres administratifs du pays.

Nous aurons des élections régionales dans quelques mois. Une nouvelle fois, il s'agira d'un nouvel épisode de l'affrontement entre la Droite et la Gauche et, là où la Région devrait unir dans l'action, la politique nationale divisera sur des sujets d'un lointain rapport avec l'objet même de la consultation.

Ce ne sont pas les derniers dinosaures du jacobinisme qui s'en plaindront et les Régionalistes, chacun de leur côté, ayant continué à cuire leur petite soupe dans leur petite marmite (pour paraphraser le fondateur de la Vème République qui nous avait pourtant dit que " l'effort multiséculaire de centralisation n'avait plus de raison d'être "... C'était il y a bientôt trente ans !) n'auront plus qu'à attendre six années supplémentaires pour espérer, de nouveau, " faire bouger les choses ".

Cette fatalité de l'échec n'est pas inéluctable : les Régionalistes ignorent qu'ils possèdent un avantage décisif. Ils n'apparaissent pas aux yeux de l'opinion comme des politiciens cherchant à conquérir ou sauvegarder des sinécures. On sait qu'ils veulent servir leur Région et non s'en servir. A un moment où la caste politique n'atteint pas au zénith de sa popularité, la sincérité des Régionalistes, leur attachement quasi charnel au territoire dans lequel ils vivent, la solidarité fraternelle qu'ils expriment à l'égard de tous ceux qui, par leur travail, leurs études, leurs passions, font vivre leur région, constituent le socle sur lequel ils peuvent édifier une nouvelle manière d'aborder le fait politique.

Mais les Régionalistes souffrent de deux faiblesses paralysantes : le manque de convergence de leurs actions et le manque de moyens pour mener avec quelques chance de succès des campagnes électorales.

L'unité d'action est-elle possible ?

Oui, si l'on respecte un certain nombre de règles de bon sens :

1) Si l'État Central est unique, les régions sont multiples et, par suite, différentes. Comme sont différents les Régionalismes et les degrés de remise en cause de l'État hypercentralisé. Il s'ensuit des différences d'approche, des diversités d'analyse. Les solutions préconisées sont souvent divergentes dans leur intensité. Mais si les Régionalistes de toutes les Régions de France veulent se faire entendre, il faut, d'une part, qu'ils acceptent la diversité des points de vue et, d'autre part, un programme régional minimum commun.

2) A chaque Région son régionalisme : c'est au mouvement régionaliste d'une région de définir le système institutionnel régissant les rapports idéaux de la dite région avec l'État central. Points d'interférences, ni de donneurs de leçons !

3) Le programme régional minimum commun peut s'articuler autour de quatre ambitions :

  • Pour une extension du Pouvoir Régional
  • Pour la création de vraies régions
  • Pour un aménagement équilibré des territoires régionaux
  • Pour la promotion des cultures régionales et l'affirmation des identités des Régions

Le manque de moyens n'est pas rédhibitoire

Certes, les mouvements régionalistes se refusent à escompter les juteux profits des fausses factures. Ambitionnant de construire une force qui compte électoralement, ils ne peuvent et ne doivent tirer parti des " pseudo-impôts révolutionnaires " et autres dérives mafieuses. La légalité, seule, est la voie par laquelle ils peuvent aspirer à la conquête des pouvoirs régionaux. La législation - sous l'influence des institutions européennes - permet la reconnaissance d'une force politique dès lors qu'elle s'appuie sur la cotisation volontaire de 10.000 citoyens, acceptant de faire connaître leur l'adhésion, sur l'appui d'une cohorte de 500 élus (du conseiller municipal au parlementaire), à condition que cela touche au moins trente départements. La reconnaissance d'une force politique implique son financement. C'est la Loi.

Dès lors, tout devient clair : il faut que plusieurs mouvements régionalistes se regroupent en coordination, qu'ils apportent leurs appuis respectifs, qu'ils collectent auprès de leurs adhérents, leurs amis, les parrainages, que tout cela se déroule dans les règles (Pourquoi pas devant notaire ?) et qu'au prorata des engagements chaque mouvement reçoive sa quote-part de la manne électorale... Trente départements, c'est plus que les départements des régions dites alloglottes et cela nécessitera - et ce sera tant mieux ! - de rechercher l'alliance d'authentiques régionalistes de régions faisant peu parler d'elles à ce sujet. car, quoi qu'on en pense ou quoi qu'on en dise, les problèmes de décentralisation et de régionalisation touchent autant le Berry, la Champagne, la Picardie que la Bretagne, l'Alsace ou la Normandie. Il suffit d'ouvrir les yeux et de sortir de sa propre région pour s'en convaincre.

Le moment est venu de prendre l'initiative. Il y va de la réussite de tous les efforts consentis depuis des décennies. Nous ne gagnerons pas seuls. L'État-Nation doit avoir des adversaires à sa taille s'il reste totalitaire. Il peut avoir des partenaires, qu'il devra prendre en considération si, par leur nombre et la force de leur entente, ils savent opposer au totalitarisme jacobin la force tranquille de leurs légitimes revendications.

par Didier Patte, publié le 1er Octobre 1997

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